La Sélection Internationale est un concours d’admission à l’École Normale Supérieure de Paris à l’intention des meilleurs étudiants étrangers.
Cependant, les différentes phases auxquelles elle fait passer les candidats, la difficulté des épreuves et le nombre de places allouées en font une bourse ardue. Pourtant, une cognitiviste d’exception a réussi à le remporter.
Cheveux châtains, taille menue et sourire lumineux, c’est ce qui pourrait être le portrait parfait de l’excellence. Mais ce n’est que l’humble peinture de Louise Toutée, l’étoile canadienne. Pour LeBoursier, elle livre le secret de sa réussite à la Sélection Internationale de l’ENS de Paris.

Bonjour Louise, vous êtes diplômée en Sciences Cognitives et Politiques de la distinguée université McGill. Que peut-on savoir d’autre à votre sujet ?
J’ai 23 ans, je suis née à Paris et j’ai déménagé au Québec avec mes parents et mes trois frères et sœurs, à l’âge de deux ans, où j’ai grandi en banlieue de Montréal. Je suis une passionnée de politique, de plein air, d’astronomie, de fantasy, et de plein d’autres choses !
Mon plan de carrière est loin d’être défini, mais je suis intéressée par le milieu de la recherche, par celui du journalisme – j’ai d’ailleurs été éditrice du journal francophone de McGill – ainsi que par la communication scientifique.
Sans jeu de mot, la Sélection Internationale de l’École Normale Supérieure de Paris est la plus sélective de France. Pourtant, vous avez réussi à obtenir votre admission, aux côtés de 19 autres étudiants du monde entier. Quel est le secret d’une telle performance ?
J’aurai bien du mal à vous révéler le secret, puisque je ne sais pas ce qui a distingué ma candidature des autres !
Si j’avais cependant à identifier un élément, que je pense est clé dans les bourses comme la Sélection Internationale, ce serait le fait d’avoir une bonne préparation. À la fois pour ne pas être pris au dépourvu par des questions évidentes (par exemple, ce que l’on souhaite faire après le diplôme pour lequel on applique), mais aussi pour avoir une tranquillité d’esprit et une confiance qui va faciliter tout le reste du processus.
Procédure de candidature à la Sélection Internationale
Le processus que j’ai suivi pour la Sélection Internationale était séparé en plusieurs parties : il fallait d’abord envoyer un dossier (composé entre autres d’un CV, d’une lettre de motivation et d’un relevé de notes). Puis, on passait une entrevue où l’on devait faire une courte présentation sur un article scientifique reçu 24 heures à l’avance et répondre à des questions sur celui-ci, suivi d’une discussion avec des questions plus personnelles.
Le dossier en question
Pour la préparation du dossier, la pièce la plus importante est sûrement la lettre de motivation. Il faut faire ses recherches : une lettre générique dans laquelle on a simplement changé le nom de l’université, ça se remarque. Il faut se demander pourquoi ce programme spécifique dans cette université particulière est celui qui nous intéresse. De l’autre côté, il faut montrer pourquoi notre profil particulier avec notre background spécifique ferait de nous un atout à ce programme.
La phase de concours à la Sélection Internationale
Pour l’analyse de l’article scientifique, il n’y a pas de secret : il faut le lire, le relire, surligner les termes que l’on ne connait pas, et vraiment s’attarder sur les détails qui nous font trébucher pour être sûr d’au final pouvoir expliquer le raisonnement de l’expérience et de l’analyse dans ses propres mots. Après avoir monté ma présentation, je l’ai testée sur mon frère qui ne connaissait presque rien au sujet (le public idéal), et ses réactions m’ont permis de voir les endroits où mes explications n’étaient pas claires ou au contraire trop détaillées.
Pour la partie d’entrevue personnelle, je m’étais dressée une liste de questions potentielles (basée sur mon expérience et sur des recherches sur internet) et j’y avais répondu avec un ou deux mots clés pour avoir une base de réponse. Je ne recommande pas d’entièrement écrire vos réponses à l’avance – dans une entrevue, comme celle de la Sélection Internationale, les intervieweur.se.s veulent avoir une conversation avec vous, pas vous entendre réciter un texte !
Malgré cette prouesse, vous abandonnerez le rayonnement de la France pour une université plus grande, Oxford University, où l’on vous a également proposé une bourse. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette bourse et les motivations de votre choix ?
Choisir entre Oxford et l’ENS n’était évidemment pas un choix facile. Le facteur principal a sans aucun doute été le programme d’étude. Le programme pour lequel j’avais appliqué à l’ENS via la Sélection Internationale, le Cogmaster, appartient au même champ d’étude que celui de mon baccalauréat, soit les sciences cognitives. C’est un domaine qui m’intéresse beaucoup et m’attire par son interdisciplinarité, mais c’est aussi un domaine que j’ai déjà un peu exploré.
De l’autre côté, j’ai appliqué à Oxford pour le master en anthropologie cognitive et évolutive. Cette discipline a des liens avec les sciences cognitives, mais y ajoute une dimension de sciences humaines que j’ai toujours eu envie d’approfondir. Je pense donc pouvoir davantage me développer intellectuellement en suivant ce master.
Cependant, je n’aurais pas été en mesure d’étudier à Oxford si j’avais dû payer mes études par moi-même. Heureusement, j’ai eu la chance de recevoir la bourse John McCall McBain for Wadham College, une bourse réservée aux étudiant.e.s de McGill souhaitant poursuivre des études supérieures au collège Wadham, à Oxford. Je dis que c’est une chance, car j’ai choisi le collège Wadham en ignorant totalement l’existence de cette bourse !
Comparée à la Sélection Internationale, cette bourse mettait davantage l’accent sur notre caractère et notre potentiel en tant que personne. J’ai dû répondre à une série de questions à développement sur ma vie, mes implications et mes buts, puis j’ai passé trois entrevues avec différents membres de la fondation McCall McBain. Au final, une autre personne et moi avons pu obtenir une bourse, qui couvre l’entièreté de nos frais de scolarité pour un an.
Quels conseils donnez-vous à des étudiants qui prétendent à la bourse de la Sélection Internationale et aux bourses d’excellence en général ?
De mon expérience personnelle, je me suis rendu compte que les intervieweur.e.s sont plus intéressés à évaluer nos capacités que nos connaissances. Le but n’est pas de prouver que l’on connait par cœur tous les faits et les théories reliées à notre discipline, mais plutôt de démontrer notre capacité de raisonnement, notre pensée critique, et notre potentiel d’apprendre et de se développer en tant que chercheur.e.
Lors de mon entrevue pour la Sélection Internationale, je me suis retrouvée prise de court par des questions très basiques de statistique – en effet, j’ai accidentellement fini mon baccalauréat sans avoir pris aucun cours de méthodes quantitatives. J’étais donc incapable de donner les définitions et les termes que l’on me demandait.
À la place, j’ai expliqué dans mes propres mots les analyses qui avaient été effectuées dans le document à l’étude, et j’ai raisonné à voix haute sur leurs avantages et inconvénients. Ce n’étaient évidemment pas des réponses parfaites, mais je crois que cela a donné un exemple de ma capacité de compréhension et d’adaptation, qui peuvent être bien plus précieuses que la mémorisation brute.
Pour les bourses qui mettent davantage l’accent sur le caractère, je pense qu’il est important de laisser entrevoir sa personnalité lors du processus. Les entrevues ont souvent un contexte assez formel et on a tendance à vouloir préparer ses réponses au maximum, ce qui peux paraitre assez artificiel. On en oublie que les gens qui nous interviewent sont aussi des humains qui, au final, cherchent simplement à apprendre à nous connaitre !
Dernier conseil : quand c’est possible, tentez d’obtenir des conseils de personnes ayant déjà fait les entrevues pour la même bourse que vous. Pour me préparer à la bourse McCall McBain, j’ai réussi à rentrer en contact avec une ancienne lauréate trouvée sur LinkedIn, et nous avons eu un court appel téléphonique. Elle ne m’a pas dévoilé de gros secret ou piège caché, mais simplement écouter ses conseils et avoir une idée du format des entrevues m’a permis de me sentir plus en contrôle.

Faut-il passer tout son temps à étudier pour espérer avoir un parcours académique de haute volée ?
Je ne crois pas – et surtout, j’espère que non ! Je suis une personne qui est intéressée par plein de choses différentes, et j’ai besoin de variation dans les choses que j’étudie et dans mes activités de tous les jours. Même chez les personnes passionnées par un sujet précis, je doute que de passer son temps à étudier soit un rythme de vie soutenable sur le long terme – ce qui est toujours le critère à garder en tête.
Il faut dire, cependant, que le milieu académique peut être un milieu qui encourage la surcharge de travail et le burnout – quand on fixe ses propres horaires et que l’on travaille sur des projets qui nous tiennent personnellement à cœur, la limite entre le travail et le temps libre peut devenir floue.
Dans certains laboratoires, des attentes déraisonnable par rapport au rythme de publication peuvent être très nocive pour la santé mentale des étudiant.e.s, notamment ceux au doctorat. Espérons qu’un changement de culture s’opère pour que ces milieux soient de moins en moins courants !
À McGill, vous étiez très engagée dans la vie associative. Serait-ce votre définition de l’excellence, celle de mettre son savoir au service des autres ?
Depuis l’école primaire, j’ai toujours été impliquée dans de nombreux clubs et associations étudiantes, mais ça n’a jamais été dans le but de développer mon excellence ou même de me mettre au service des autres : je le fais simplement pour le plaisir ! Je pense qu’il est important de ne pas oublier cet aspect, et de ne pas obséder sur la façon dont telle ou telle implication aura l’air sur un CV.
À McGill, le premier club dont j’ai fait partie était l’équipe de quidditch, parce que ça m’intriguait ; je l’ai même mentionné dans certaines entrevues de bourse, et cela a bien amusé les intervieweur.e.s ! La beauté de l’implication étudiante est selon moi de pouvoir explorer différentes facettes de soi en dehors de son domaine d’étude et de devenir un individu plus équilibré, pas de cocher une liste de critères pour des dossiers d’application.
Et surtout, au-delà de l’individu, les groupes étudiants servent à enrichir le milieu universitaire et en faire une communauté stimulante plutôt qu’un endroit qu’on traverse pour aller à nos cours. Je pense que la pandémie, et la suspension des activités de bien des clubs et associations que celle-ci a causé nous a prouvé quelle valeur la vie associative apporte à une expérience universitaire.
Avec École, vous agissez pour le climat. Est-ce un appel à l’élite de demain à une plus grande responsabilité écologique ?
ECOLE n’a, selon moi, pas comme vocation principale d’interpeller les élites ou même de former les « élites de demain » ; sa philosophie, en tant que résidence universitaire doublée d’un club étudiant, est au contraire de se baser sur la force des communautés « grassroots » dans la lutte contre les changements climatiques.
L’idée est de créer des espaces de vie plus solidaires et durables en s’entraidant, en partageant des bonnes pratiques, ou encore en se mobilisant. Je n’habiterai évidemment plus dans cette communauté, mais il est certain que je vais garder cette philosophie et ma préoccupation pour les changements climatiques avec moi, peu importe où les prochaines années m’amènent.
Votre mot de la fin ?
Je pense qu’il est important de garder en tête que les bourses, et les bourses d’excellence, notamment, comme n’importe quels prix, sont une mesure de « succès » au final assez arbitraire. Les processus de sélection ont des formats fixe (comme celui de l’entrevue, par exemple) qui vont forcément avantager un certain type de personnes et en désavantager d’autres. Ils ont aussi tout un ensemble de codes précis qu’il faut apprendre à maitriser, ainsi que de critères d’évaluation parfois assez rigides.
Les bourses essayent de sélectionner des individus avec des bonnes valeurs et qualités, avec raison ; mais certaines sortes d’implication sont toujours plus difficiles à mettre sur un CV que d’autres (prendre soin d’un proche malade par exemple, ou travailler à temps partiel pour soutenir ses parents).
Bref, bien que les refus fassent particulièrement mal dans le cas de bourses puisque que cela peut souvent déterminer quel programme d’étude nous allons pouvoir fréquenter ou non, il faut se souvenir que ce n’est pas du tout une réflexion de notre valeur en tant qu’étudiant, et bien moins celle en tant que personne.
3 réflexions sur “Bourses McCall McBain de McGill, ENS de Paris et Oxford : Louise Toutée en a le secret”
Simple et inspirant. Merci beaucoup pour le partage.
🙏🏽
Parcours inspirant.